Le record de vitesse du Kawasaki Ninja H2R ne se résume pas au chiffre de 400 km/h qui circule depuis 2016. Ce chiffre existe, il a été revendiqué par Kawasaki et filmé, mais il ne provient d'aucun chronométrage indépendant : il a été calculé après coup, à partir de la distance parcourue sur un pont turc en 26 secondes. La vitesse maximale que le constructeur annonce pour la machine de série, elle, est de 330 km/h. Comprendre l'écart entre ces deux valeurs, c'est comprendre à quoi sert réellement le H2R et ce que son record prouve ou ne prouve pas.

Le Ninja H2R reste la moto de série la plus rapide du monde, mais son record de 400 km/h n'a jamais été chronométré par un dispositif indépendant.

  • Vitesse annoncée par Kawasaki pour le H2R de série : 330 km/h, contre 296 km/h pour le H2 homologué route.
  • Record revendiqué : 400 km/h atteints en 26 secondes, le 30 juin 2016, par Kenan Sofuoglu sur le pont Osman Gazi.
  • Aucun capteur optique fixe ni radar certifié sur cette tentative : la vitesse a été obtenue par calcul théorique.
  • Face à une Suzuki Hayabusa bridée à 299 km/h, le H2R conserve un avantage net, mais dans une catégorie différente : il n'est homologué route nulle part.

Le Kawasaki Ninja H2R détient-il le record de vitesse ?

Le Kawasaki Ninja H2R est bien, à ce jour, la moto de série la plus puissante et la plus rapide commercialisée par un constructeur. Sa fiche technique annonce 310 ch, et 326 ch une fois l'effet de ram-air pris en compte, pour un moteur de 998 cm³ quatre cylindres en ligne suralimenté. Le poids en ordre de marche est de 215,9 kg. Le rapport poids-puissance qui en découle place la machine au-dessus de tout ce que produit la concurrence de série, avec environ 50 % de puissance en plus que les sportives homologuées route les plus fortes.

Deux chiffres cohabitent, et c'est là que les articles se trompent. Kawasaki annonce une vitesse maximale de 330 km/h pour le H2R dans sa configuration d'usine. Le record de 400 km/h relève d'un autre exercice : machine préparée, pneus Pirelli développés spécifiquement, carburant de compétition, combinaison en une pièce dessinée pour l'aérodynamique du pilote. Vous ne comparez donc pas la même moto dans les deux cas.

Une donnée mesurée et une donnée calculée n'ont pas la même valeur. C'est vrai pour un record de vitesse comme pour une compression moteur.

Comment s'est déroulée la tentative de record de 2016

La tentative a eu lieu le 30 juin 2016, sur le pont Osman Gazi, en Turquie, un ouvrage suspendu qui franchit la baie d'Izmit et qui mesurait alors un peu plus de 2 682 mètres de tablier utilisable. Le pilote était Kenan Sofuoglu, cinq fois champion du monde Supersport, ce qui écarte d'emblée l'hypothèse d'un amateur en configuration douteuse. Le président turc assistait à la démonstration, ce qui donne une idée du poids promotionnel de l'opération.

Kawasaki a fourni un H2R de série, modifié sur un seul point : des pneumatiques Pirelli conçus pour encaisser des vitesses que la gomme de série ne supporte pas. Le carburant était de qualité compétition. Sofuoglu a préparé la tentative pendant quatre mois, en repérant les conditions de vent et en calant son passage au petit matin. Le constructeur, avant cette tentative, communiquait sur une vitesse maximale de 380 km/h pour le H2R.

Le résultat annoncé tient en une phrase : 400 km/h en 26 secondes, départ arrêté.

Ce record est-il fiable et vérifié officiellement ?

Non, ce record n'a jamais été validé par une mesure indépendante. Aucun capteur optique fixe, aucun chronomètre officiel, aucun appareil portatif de mesure n'a été utilisé sur la tentative du pont Osman Gazi. La valeur de 400 km/h provient d'un enregistrement vidéo du tableau de bord de la moto, complété ensuite par un calcul théorique : distance du pont divisée par le temps de passage. C'est une reconstitution, pas un relevé.

Cette distinction n'enlève rien à la performance. Kevin Cameron, deux ans avant la tentative, avait publié un calcul montrant que la puissance du H2R, avec un rapport de démultiplication adapté, permettait théoriquement de vaincre la traînée aérodynamique jusque dans une plage de 402 à 451 km/h. Le chiffre annoncé est donc plausible sur le plan physique. Il n'est simplement pas prouvé au sens où un organisme de chronométrage l'entendrait.

Je le dis comme je le dirais d'un diagnostic : tant que je n'ai pas branché l'oscilloscope, je n'ai pas le signal, j'ai une hypothèse. Ici, personne n'a branché l'oscilloscope.

Les records homologués existent pourtant dans ce domaine. Sur le lac salé de Bonneville, la Southern California Timing Association chronomètre officiellement chaque passage, dans les deux sens, avec des dispositifs certifiés. C'est précisément ce cadre qui manque à la tentative turque de 2016.

Ce qui rend le H2R aussi rapide : le compresseur centrifuge

La vitesse du H2R vient d'un choix technique que les constructeurs japonais avaient abandonné depuis les années 1980 : la suralimentation. Le quatre cylindres de 998 cm³ reçoit un compresseur centrifuge à deux vitesses, entraîné mécaniquement par une série de pignons et d'arbres reliés au volant moteur, puis par un train planétaire qui entraîne la turbine. Le H2R est la première moto de série suralimentée par compresseur, là où les modèles des années 1980 utilisaient des turbocompresseurs à gaz d'échappement.

Le compresseur centrifuge a un avantage direct : il génère moins de chaleur qu'un compresseur à vis ou à lobes. C'est ce qui permet à Kawasaki de se passer d'échangeur air-air, un organe encombrant qui aurait imposé un carénage plus large. Le refroidissement de la charge se fait par évaporation du carburant injecté dans les conduits d'admission. Sans ce dispositif, l'excès de chaleur à l'admission provoquerait un allumage prématuré capable de détruire le moteur.

Le taux de compression du H2R est descendu à 8,3:1, contre 8,5:1 sur le H2 routier, ce qui est la contrepartie logique d'une pression de suralimentation plus élevée. Le couple maximal atteint 156 Nm à 12 500 tr/min. Le châssis reste un treillis tubulaire en acier à parois minces, avec un empattement de 1 450 mm, valeur classique de sportive, là où une machine de record de vitesse pure adopte un empattement de plusieurs mètres. Les ailerons en fibre de carbone du carénage compensent en partie cette géométrie courte.

Kawasaki Ninja H2R ou Suzuki Hayabusa : laquelle est la plus rapide ?

Le Kawasaki Ninja H2R bat la Suzuki Hayabusa sur tous les critères de vitesse pure, mais les deux machines ne jouent pas dans la même catégorie réglementaire. La Hayabusa de troisième génération développe environ 190 ch à partir de 1 340 cm³ atmosphériques et reste bridée électroniquement à 299 km/h, conformément à l'accord informel entre constructeurs. Le H2R n'a aucune limitation de ce type, puisqu'il n'est pas destiné à la route.

CritèreKawasaki Ninja H2RSuzuki Hayabusa (3e génération)
Cylindrée998 cm³ suralimenté1 340 cm³ atmosphérique
Puissance annoncée310 ch (326 ch avec ram-air)environ 190 ch
Vitesse maximale330 km/h annoncés299 km/h (bridage électronique)
0 à 290 km/henviron 11,8 senviron 16,8 s
Homologation routeAucune, usage circuitHomologuée, ABS et modes de conduite

L'écart de plus de cinq secondes sur l'exercice du 0 à 290 km/h s'explique par la suralimentation : la Hayabusa tient le départ arrêté grâce à son couple à bas régime, puis se fait reprendre au-delà de 190 km/h environ, quand la pression du compresseur du H2R devient pleinement exploitable. En usage réel, la comparaison s'arrête là : l'une se conduit sur route ouverte, l'autre se transporte en camion jusqu'au circuit.

H2 ou H2R : quelle différence ?

Le H2 est la version homologuée route, le H2R la version circuit. Le H2 reçoit des rétroviseurs à la place des ailerons, des panneaux de carrosserie en plastique au lieu de la fibre de carbone, et une pression de suralimentation réduite qui ramène la puissance à 200 ch sur les millésimes 2015 à 2018, puis 240 ch à partir de 2019. Les deux machines partagent le compresseur, mais diffèrent par le joint de culasse, le profil et le calage des arbres à cames, la cartographie moteur, la ligne d'échappement et l'embrayage, celui du H2R recevant deux disques supplémentaires. Le H2R ne dispose ni de phare, ni de clignotants, ni de rétroviseurs : il ne peut être immatriculé dans aucun pays européen.

Les autres records du Kawasaki Ninja H2R

Le record de 2016 masque deux performances moins connues et mieux documentées. En juin 2015, le pilote de TT James Hillier a bouclé un tour de démonstration du circuit routier de l'île de Man sur un H2R chaussé de slicks Superbike standard, en relevant plus de 332 km/h dans la ligne droite de Sulby. C'est la vitesse la plus élevée jamais atteinte par une moto sur ce tracé, mais elle a été enregistrée sur l'application GPS personnelle du pilote, ce qui la place dans la même catégorie de fiabilité que le record turc.

Le 12 août 2018, en revanche, le pilote Shigeru Yamashita a établi à Bonneville un record officiel de 326,28 km/h dans la classe SCTA P-PB 1000, réservée aux motos de série suralimentées de moins de 1 000 cm³ à modifications limitées. Trois jours plus tard, il a battu sa propre marque à 337,06 km/h. Ces deux chiffres sont chronométrés, homologués et vérifiables. Ils sont inférieurs de plus de 60 km/h au record médiatisé de 2016, et ce sont pourtant les seuls que vous pouvez citer sans réserve.

Retenez donc l'ordre de grandeur correct : le Ninja H2R est une machine dont la vitesse homologuée s'établit autour de 337 km/h et dont la vitesse revendiquée en configuration optimisée atteint 400 km/h. Les deux valeurs sont vraies, elles ne racontent simplement pas la même chose.

FAQ : Questions fréquentes

Quelle est la puissance du Kawasaki Ninja H2R ?

Le H2R développe 310 ch à 14 000 tr/min, valeur qui monte à 326 ch en tenant compte de l'effet de ram-air à haute vitesse. Le couple maximal atteint 156 Nm à 12 500 tr/min. Ces chiffres sont ceux annoncés par Kawasaki pour la version circuit, sans aucune modification.

Qui a battu le record de vitesse avec le Kawasaki H2R ?

Kenan Sofuoglu, cinq fois champion du monde Supersport, a revendiqué 400 km/h en 26 secondes le 30 juin 2016 sur le pont Osman Gazi, en Turquie. Le record officiellement chronométré appartient à Shigeru Yamashita, à 337,06 km/h sur le lac salé de Bonneville en août 2018.

Le Kawasaki Ninja H2R est-il homologué pour la route ?

Non, le H2R n'est homologué route dans aucun pays. Il ne possède ni éclairage réglementaire, ni clignotants, ni rétroviseurs, et il est livré avec des pneumatiques slicks. Seule la version H2, moins puissante, est immatriculable et circule légalement sur route ouverte.